RESURGENCE

1 Mai

 “Résurgence“ est une co-réalisation de Jason Girard et Youssef Gebran. Son tournage s’est terminé en septembre 2017 et il en ce moment en cous de post-production. La page de la campagne de financement participative est toujours active sur ulule.com/resurgence.

 

SYNOPSIS

KHALIL est un homme d‘affaire du monde arabe. Il est jeune et le monde est devant lui. Son capital, il le doit à son père, un homme d’influence vieillissant mais toujours à la tête d’une société de pétrochimie. Quand il arrive en France, Khalil veut déplacer en secret une partie des ses capitaux dans une nouvelle société française. Son objectif est d’assurer l’avenir de son empire quand le pétrole remplira ses derniers barils. Mais à peine a t’il prit ses quartiers dans la villa de son futur associé que Khalil se fait enlever par une jeune femme sauvage et intrigante.

Ensuqué par l’attaque, il ne se réveille que dix heures plus tard dans une forêt aux arbres morts. Encore dans le vague, il se rend compte qu’une lourde chaine lui retient la cheville. Pour comprendre où cette chaine est rattachée, Khalil remonte les maillons mais reste interdit quand il découvre que la chaine plonge dans les profondeurs d’un rocher. Khalil tire sur la chaine et celle-ci sort inéluctablement du trou creusé dans la roche. Le mystère reste entier. Le sort de Khalil est-il d’être enchainé à cette chaine sans fin ? Une sorte de laisse qui lui permet tout de même de marcher pour trouver une issue à ce piège. Son costume trois pièces ayant été dépouillé de ses effets personnels, il ne lui reste que le courage pour s’en sortir.

Il va donc marcher et traverser plusieurs paysages sauvages et hostiles. Avançant au hasard en trainant sa lourde chaine, Khalil s’épuise, se blesse et perd progressivement espoir. Il ne trouve ni eau ni nourriture pour reprendre des forces. Cependant, les ravisseurs de Khalil, seuls êtres humains vivants dans cette nature, le surveillent à distance. C’est une famille marginale dont les intentions sont mystérieuses. Parmi eux, une enfant guide Khalil jusqu’à leur objectif. Cet enlèvement semble être un moyen pour défendre un écosystème fragile.

 

INTENTION

Le cinéma est un moyen de transcender la réalité afin d’interpeller le monde dans lequel nous vivons. C’est un espace où tout est possible mais surtout c’est un espace où l’irréel doit pouvoir se manifester afin de révéler l’absurdité de la réalité. Les problématiques actuelles liées au climat et aux ressources vitales font partie de nos sensibilités. Ce qui est pour nous absurde c’est la privatisation des ressources naturelles, leurs exploitations à outrance et leurs spéculations financières. Le cinéma est notre terrain privilégié pour appréhender nos réflexions de citoyen et affiner notre discours d’auteur.

Mettre en scène un homme de la finance qui est totalement détaché du monde est la première intention. Ces individus intouchables vivants dans des sphères dont les enjeux sont aux antipodes du bien commun sont fascinants. Comment font-ils pour assumer leur vision unilatérale du monde ? N’y a t’il aucun moment où ces personnes s’arrêtent de calculer pour réfléchir un instant aux impacts de leurs méthodes sur les populations et sur la planète ? Dans cette fiction nous obligeons un individu de cette trempe à s’arrêter pour ressentir le manque, la soif, l’isolement, la mort. Nous l’obligeons à revenir sur la terre du sensitif, du viscéral. Briser le masque du cynisme pour trouver un visage traversé par des émotions primaires. C’est ce rapport à la nature et aux instincts humains qui nous anime tout au long du récit. Le personnage de Khalil dont la vie est essentiellement urbaine et faste tombe d’un seul coup dans un méandre sauvage qui l’éprouve physiquement et psychologiquement. Il vit un séisme personnel qui l’amène à sentir, à comprendre et à penser différemment. C’est donc à cette résurgence que le titre fait aussi référence.

Sensible au cinéma d’auteurs européens et dans la continuité de nos précédents films respectifs (Massacan, Oraci, La Chute) nous avions le désir d’élaborer une histoire sur un socle absurde et métaphorique. C’est ainsi que nous avons établi le principe de la chaine en acier sortant interminablement du rocher. Être à moitié enchainé et à moitié libre de ses mouvements n’est pas rationnel. Cette situation n’a aucune explication concrète et n’en aura jamais. L’important c’est l’adhésion au principe fantastique et à l’imaginaire que cela déclenche. Le sens propre est que cette laisse en acier permet à la tribu de donner une leçon à Khalil quant à l’accès à une ressource vitale. Le sens figuré est celui du lien familial et social d’un individu tel que Khalil. Nous sommes d’une certaine manière enchainé à notre histoire personnelle et à nos ambitions. Cette chaine qui accompagne Khalil image donc ce lien qui le retient à la civilisation et qui se transforme en poids quand il est en pleine forêt.

En plus de ce postulat fantastique le récit du film emprunte aux formes du thriller psychologique, du voyage initiatique et de la survie tout en tissant un conte social et écologiste. Certains aspects du voyage de Khalil pioche également dans le mythe de l’Eldorado avec notamment le mystère autour des “sauvages“ qui l’épient. La trame dévoile progressivement les enjeux de Khalil et de ses ravisseurs jusqu’au final où les zones d’ombre se recoupent et font sens. Nous voulions filmer de grands espaces traversés par un homme totalement étranger à la nature. L’idée est très vite arrivée d’avoir plusieurs tableaux avec différents reliefs et végétations. Le parcours de Khalil est une succession de décorum naturels distincts. De la forêt aux arbres morts succède une nature aride parsemée de rochers difformes. Puis une grande forêt de hautes fougères verdoyantes précède une forêt de chêne blanc aux rochers recouverts par la mousse. Enfin après une grotte, Khalil découvre une source d’eau formant une cascade puissante. Tous ces décors naturels rythment l’esthétique du film en allant toujours un peu plus au cœur du sauvage. L’idée est de progressivement happée le regard et tendre vers le sensitif. Cette intention se retrouve dans structure technique de l’image. La rigidité du cadre construit l’essentiel de la première partie du film mais cette fixité glisse sensiblement vers une mobilité davantage sensorielle et nerveuse.

Par cet espace filmique de contemplation jalonnant le cheminement de Khalil nous proposons un espace de réflexion ouvert. La famille propose différentes lectures du moyen employé pour lutter. Tous n’agissent pas d’une même volonté vis à vis de l’enlèvement. Leurs divergences d’opinions donnent du contraste à l’intrigue et au discours. Une fois encore cette intention reflète nos motivations d’auteurs à laisser une place d’imaginaire et de réflexions à celui ou celle qui vivra notre film.

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