Education à l’image 2016

23 Juin

En 2015-2016 nous sommes intervenus dans trois lycées de la Région LR pour soutenir la réalisation des Discrimétrages 2016.
Mais nous sommes également intervenants pour le dispositif Collèges en cinéma dans les collèges du département de l’Hérault. Deux médiathèques de l’agglomération de Montpellier ont réitéré leur confiance pour mener des ateliers rapides de sensibilisation aux métiers du cinéma avec comme référence un extrait du film « Les 400 coups » de François Truffaut. Le collège Louise Michel de Ganges a fait appel à nous pour soutenir la réalisation de deux courts-métrages autour du harcèlement homophobe.
Nous sommes intervenus au sein de l’option Cinéma et Audiovisuel niveau 2nde du Lycée Einstein de Bagnols-sur-Cèze pour soutenir, l’écriture, le tournage et le montage d’un court-métrage intitulé Joyce.

La 9eme édition du concours Discrimétrages s’est clôturée ce mercredi 8 juin 2016 à Montpellier avec la traditionnelle remise des prix à l’hôtel de Région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées. Les élèves des quatre classes qui ont durant toute l’année écris et réalisé leur court-métrage sur les discriminations se sont retrouvés pour visionner leur travaux. Les membres de la Black Lions Film qui ont entouré la réalisation de trois de ces quatre films étaient évidemment présents à ce concours organisé par la Ligue de l’Enseignement. L’occasion de faire un bilan de cette édition qui aura était très variée.

Discri2016

LODEVE

D’abord le Lycée Joseph Vallot de Lodève avec une classe de 2nd Gestion et Administration. Des élèves trop nombreux (30) qui ont été difficiles à canaliser autour d’un projet commun. Trois micros-films traitant de discrimination à l’handicape, de racisme et de sexisme viennent composer un court-métrage délié et désincarné. L’encadrement pédagogique n’ayant pas trouvé la manière de fédérer ses élèves. Petite déception pour l’équipe Black Lions sur ce lycée. Mais quand ça ne marche pas bien faut le dire aussi. Dans ce contexte, faire un projet de réalisation cinéma avec tant d’élèves n’est pas réaliste. Même si sur le papier plus d’élèves participent, au final dans les faits, la majorité d’entre eux passent à coté de l’intérêt artistique et citoyen du projet. Les premiers touchés sont biensur les élèves. C’est donc sans grand enthousiasme que nous nous souvenons de Lodève. A charge de revanche… Les deux autres classes que nous avons entouré avaient un tout autre profil.

Lodève 4

PERPIGNAN

A Perpignan au CFA AFTRAL où nous avons rencontré une dizaine d’élèves spécialisés en logistique des transports. Un contexte assez âpre : Une zone artisanale décentrée où hangars et poids lourds forment un décor particulier pour étudier. Un milieu profondément acculturé qui donne peu de perspectives autre que la gestion des marchandises. Des individus peu valorisés socialement qui ne croient pas une seconde qu’elles être en capacité de faire un film ensemble. Il a donc fallu se relever les manches et attaquer le bitume avec les dents, tout ce que l’on aime en somme ne faites pas ça chez vous. Un synopsis est ressorti d’entre plusieurs propositions moins bien défendues. Un sujet traitant de l’homophobie au sein d’un environnement très masculin et viril qui est le leur est venu créer le débat. Le problème n ‘a pas été celui du scénario mais celui de l’interprétation. En effet aucun des élèves ne souhaitait apparaître dans un film traitant de l’homosexualité. Leur avenir dépendait d’une réputation hétérosexuelle « normale ».

Under preasure

C’est ici que les discussions ont été les plus vives. Leur hostilité reflétait la pression du tabou sexuel qui pèse sur leur adolescence. Une intolérance verbale pré-mâchée qui représente la seule bouée à laquelle ils peuvent s’arrimer quand le sujet vient sur la table. Allez savoir pourquoi le rejet se partage plus facilement que la tolérance ? Personne donc n’allait jouer alors même que le scénario se finissait. Sans acteur difficile de faire un film. Il a donc été émis de porter des masques pour se cacher. L’idée à première vue semblait être une énième tentative d’éviter de grandir. Mais elle s’est révélée un compromis pragmatique évident. La contrainte avait créé un dispositif artistique à travailler. Des personnages masqués sur un sujet tabou, l’intention était cohérente et la symbolique collait assez bien au sujet. C’est ainsi que le tournage a pu avoir lieu. Chaque élève personnalisant au marqueur son masque blanc en fonction de son personnage alors que nous options pour une esthétique en noir et blanc pour les mettre en valeur.

Under preasure

Le tournage de trois jours dans la zone artisanale a été une belle expérience, dès les premières images nous savions qu’un film très singulier prenait forme. Les élèves ont véritablement pris les rênes de leur film grâce à l’investissement de l’enseignant et de l’équipe du centre de formation. Contre toute attente l’acteur principal qui endossait masqué le rôle de l’homosexuel s’est investi crescendo au point d’accepter notre proposition d’enlever son masque pour un seul plan. Ce plan encore non écrit était primordial à inclure au déroulement du projet. Il a de fait contribuait à l’impact narratif de fin de film. Nous sommes donc très contents que « Under Pressure », un film entre western moderne et conte social ait remporté le premier prix de cette édition des Discrimétrages. D’une part parce que les élèves le méritent et d’autre part parce que ça fait plaisir de voir des jeunes dans leur situation être valorisés et applaudis à l’hôtel de Région. Nous sommes certains que faire ce film a bougé quelque chose en eux, peut être rien de radical et peut être pas pour tout de suite, mais ils en sont sortis imperceptiblement changés. Ils ont un film dans leur poche et une bulle dans leur tête.

Selma&Axel

NÎMES

A Nîmes nous avons rencontré les élèves de première année sérigraphie du Lycée Frédéric Mistral. D’entrée motivés, ils nous ont proposé un premier jet de scénario tournant autour de la thématique des croyances religieuses et notamment sur la dualité entre juifs et musulmans. Nous les avons donc accompagné dans la réécriture du film avec le souci d’écrire quelque chose de réaliste sur un sujet actuel délicat. Clichés et discours de victimisation étaient donc à éviter pour proposer un film qui construise un espace de réflexion et de respect. Le film s’est écrit avec deux groupes, l’un écrivant l’histoire d’Axel, juif, l’autre celle de Selma, musulmane. Les scènes se sont ancrées dans un même espace, celui de leur atelier de sérigraphie afin de traduire chaque étape de fabrication. Un endroit particulier avec son langage et ses outils qui a été rendu accessible par les enseignants techniques pour la durée du tournage.

Selma&Axel

Cinq élèves se sont bien impliqués dans l’interprétation des personnages principaux alors que leurs camarades tournaient sur les différents postes techniques de l’image, du son, du script, du clap et de la régie. Toute l’équipe du lycée menée par l’enseignante a très bien accueilli le projet en créant une synergie entre enseignants et entre personnels de l’établissement. Ce type de projet nécessite une certaine flexibilité du temps et des règles habituelles de la scolarité afin que le tournage soit le plus fluide et donc le plus qualitatif possible. Le rendu du film « Selma&Axel » est donc logiquement de très bonne facture, le scénario, l’interprétation et le découpage visuel reflète la motivation des élèves et la philosophie du lycée. On peut donc se réjouir que les objectifs du projet aient été amplement atteints. Merci à la Mistral Touch !

Voilà pour ce petit bilan des Discrimétrages 2016, le dernier d’une Région Languedoc-Roussillon. Maintenant nous ne savons pas de quoi l’édition 2017 sera faite. De nouveaux territoires en Midi-Pyrénées vont s’ouvrir peu à peu à ce dispositif pour de nouveaux films et de nouvelles réflexions sur les discriminations.

 

PALMARES

Prix du meilleur film « Clap d’Or » : CFA AFTRAL de Perpignan pour « Under Pressure ».

Prix du Jury : Frédéric Mistral de Nîmes pour « Selma et Axel »

Meilleur scénario : CFAI Henry Giral de Mende pour « Répercussions ».

Meilleure interprétation : Frédéric Mistral de Nîmes pour « Selma et Axel ».

Prix Ligue de l’enseignement : Joseph Vallot de Lodève pour 3 petits films en 1 : « Un salaire injuste » « Le nouveau de la classe » « Mal dans sa peau »

 

LES FILMS

 

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